Né Homme, mort mouton

evolution from man to sheep

Le jour J approche à grands pas, je suis en pleine panique. Plus que quelques heures et je serai la cause d’une fin tragique… Me voilà à 3 jours du Aïd Alkebir!

Ne pouvant pas supporter l’idée du sacrifice d’une pauvre bête, aussi douce qu’elle est innocente, je me retrouve dans l’obligation de me plier aux us et coutumes de notre société, décidément plus conservatrices que jamais.

Je me rendis alors au Souk dans le but de dénicher ma victime. Arrivé sur place, je ne peux m’empêcher de remarquer ces centaines de familles heureuses de négocier la vie de ces Êtres sans défense qui, soi-disant, ont été créés pour être sacrifiés. Je me décidai de ne plus y penser, je mis mes idées Gandhiennes de côté et je me mélangeai à la foule. À partir de là, je me retrouvai complice de cette organisation criminelle en pleine préparation pour le génocide national.

M’efforçant à jouer des coudes pour me frayer un chemin au milieu de ce rassemblement macabre, un petit mouton attira mon attention! Il eut un visage blanc avec une remarquable forme noire au niveau de son œil gauche. Sa laine, de couleur claire, était si propre et abondante qu’on n’aurait presque pas envie de la toucher de peur de la tacher. Je décidai de m’en approcher et, d’un seul coup, son regard transperçant m’implora de le sortir de ce cauchemar infini. Mon esprit me quitta et se retrouva subitement dans la peau de ce pauvre mouton, qui me fit aussitôt voyager dans ses souvenirs d’enfance.

Emporté je me retrouvai, sept mois auparavant, dans la ferme de Lhaj Mokhtar où j’ouvris les yeux sur ce ciel bleu aussi pur que ma nouvelle âme de mouton. Me voici frappé par la beauté de la nature et, en même temps, par l’immensité de l’univers autour de moi qui me fit si peur que je poussai mon premier cri.

Je vis autour de moi ma mère, Broubise, qui m’aida à faire mes premiers pas et me guida vers le reste de la famille. Nous coulâmes des jours heureux à courir dans le pré et à manger abondamment. Puis un jour, des étrangers arrivèrent en grand nombre et nous obligèrent à grimper, ma famille et moi, dans différents camions. À partir de ce moment, je perdis les traces de chacun des miens.

Ainsi fut mon chemin du bonheur à l’horreur. Ces camions qui roulèrent des heures et des heures, nous ramenèrent entre les mains des tueurs, pardon, entre les mains des acheteurs. Arrivés à destination finale, on n’y aperçoit de longues étendues de terre rouge caillouteuse et des camions en quantités nombreuses.

D’incessants cris de détresse et de désespoir retentissent jusqu’aux fonds des abattoirs. Voici arrivé notre jour de gloire où on est l’objet du rassemblement de cette foule de barbares. Je vécus heureux dans la ferme de Lhaj Mokhtar, mais mon destin est de finir suspendu entre les murs d’un douar. Oh mon Dieu, réveillez-moi de ce mauvais cauchemar!

Par M. N. OUFKIR

à propos de l’auteur :

Montassir OUFKIR, né en mars 1985 à Meknès. En 1990, il déménage à Rabat avec sa famille où il reçoit son éducation collégiale et lycéenne. En 2001, il s’envole pour la France où il décroche un Bachelor en systèmes informatiques. En 2009, le voilà en train de refaire ses valises pour le Canada où il réussit à décrocher un diplôme d’études supérieures en politiques internationales et un Master en science politique de l’université de Sherbrooke. Ayant toujours la soif d’apprendre, il prépare actuellement un diplôme d’ingénieur au département de génie industriel à l’Ècole de technologie supérieure de l’université du Québec. Montassir OUFKIR est impliqué dans plusieurs causes humanitaires et est passionné d’écriture.

Parmi ses écrits : L’amour, une drogue hallucinogène Solitudo solitudinis Des neurones en plein délire Né Homme, mort mouton!

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